Petite leçon élémentaire : les TIERS LIEUX

Ray Oldenburg, sociologue américain, articule et définie pour la première fois le « Tiers Lieux » dans son ouvrage « The Great Good Place » paru en 1989. Qui se distingue du premier lieu :: sphère du foyer et du deuxième lieu :: domaine du travail.

« Les Tiers Lieux partagent des caractéristiques communes et essentielles. Malgré les variations climatiques et sociales, malgré les différences dans les attitudes culturelles. Ils présentent la qualité d’une place qui permet les rassemblements dans un cadre public informel, qui contribue à créer une communauté vivante, qui favorise une communion naturelle et un sentiment d’appartenance plus qu’une association de nature civique. Ils offrent un lieu favorable à la diversité où les gens peuvent être eux-mêmes, acceptés pour ce qu’ils sont ou en phase avec ce à quoi ils aspirent. »

Extrait de The Great Good Place, Chapitre 2.

Origines :

Oldenburg démontre la nécessité des Tiers Lieux et critique l’apparition des « automobile suburbs » américaines qui prennent formes à la sortie de la seconde guerre mondiale, grandes banlieues qui nécessitent l’utilisation de la voiture à outrance pour touts déplacements ce qui se traduit par l’appauvrissement des liens sociaux. Il cite alors différentes configurations de Tiers Lieux existants pour faire barrage à cet isolement, dont le café serait la forme la plus aboutie.

Il présente les caractéristiques du « troisième lieux » en mettant en exergue différents points: UN ESPACE NEUTRE ET VIVANT / UN LIEU D’HABITUÉS / COMME À LA MAISON… / L’ŒCUMÉNISME  SOCIAL (Volonté d’unir)  / UN CADRE PROPICE AU DÉBAT 


Aujourd’hui :

⇒ Dans un article de Télérama s’intitulant « L’avenir est dans la friche« , il est question de friches industrielles reconverties en lieux culturels.

Que l’on concevrait comme des utopies urbaines. Où apparait alors la mixité sociale grâce à des rapprochements, des rencontres, des chocs entre différents milieux, différentes couleurs, différentes pratiques…

Une partie est consacrée à la Friche la Belle de Mai et où il est mit en avant la volonté de construire une ville dans la ville, un « work in progress » depuis 25 ans, un chantier perpétuel.

« On est en train de créer une cité radieuse dépliée et participative » se réjouit Alain Arnaudet, directeur général de la Friche.

Parmi les prochains projets : la végétalisation de la « place du village », – la place des quais,  un foyer de jeunes, des logements sociaux participatifs, une structure dédiée à l’expérimentation musicale et une école.

Extrait de Télérama n°3485 – DU 29 OCT AU 4 NOV 2016


Plus généralement ;

En constante mutation, les Tiers Lieux repensent les modèles de travail et de cohabitations urbaines classiques. C’est une place où on se rassemble, on se rencontre afin d’échanger et de participer à des notions communes pour le vivre-ensemble . Il s’agirait de mettre en commun des ressources et des compétences.

Un « manifeste du Tiers Lieux » a été conçu et mis en ligne par Yoann Durieux [co-fondateur du Comptoir Numérique à Saint Étienne et de la communauté francophone des Tiers Lieux Open Source] – et Antoine Burret [développeur de la communauté des Tiers Lieux Suisse] //

« Le manifeste des Tiers Lieux est un ouvrage collectif qui vise à améliorer la compréhension de la dynamique des Tiers Lieux de manière à diffuser ses valeurs et à démultiplier son impact sur la société. »

Ce manifeste est disponible en open source → ici

Chacun peut se l’approprier et l’adapter à ses besoins afin de promouvoir ce concept et en créer soi-même.


Les bibliothèques :

Aujourd’hui les bibliothèques apparaissent également comme les nouveaux troisième lieux. [lire le mémoire d’études de DCB (Enssib, 2009) de Mathilde Servet, « Les bibliothèques troisième lieu ». ] Concept peu répandu en France mais déjà généralisé aux États-Unis. Il semble se matérialiser également dans plusieurs établissements européens, notamment au Royaume-Uni, aux Pays-Bas et en Europe du Nord, où la filiation directe à ce modèle est parfois ouvertement revendiquée.

C’est un autre sociologue, Robert Putnam qui met en avant cette caractéristique des bibliothèques dans son ouvrage [Better together] en prenant l’exemple d’une bibliothèque de Chicago qui est un lieu privilégié pour les membres de la collectivité, un espace de rencontre et d’échange qui opère selon lui comme le battement de cœur de la communauté.

À lire à ce sujet ce dossier, dirigé par Raphaël Besson (Villes Innovations) conjointement avec l’Agence Régional du Livre Paca > http://www.livre-paca.org/innovation-et-numerique/projets/tiers-lieux-5 // Qui met en avant les révolutions numériques, bouleversement de la société qui permet à tous de prendre une part active dans des processus collectifs de partage des savoir-faire et de co-construction.


Et le numérique dans tout ça ?


Dans le Manifeste du Tiers Lieux (cité plus haut) le numérique est nommé comme l’une de ses caractéristiques pouvant le définir ou du moins participer activement à son développement et à son rayonnement :

« Les outils et la médiation numérique facilitent l’apparition de situation de travail collective sur la constitution d’un patrimoine informel commun. »

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GRAND DÉBAT #2 - Internet et écrans 
Proposé par la rédaction de Télérama
→ MuCEM

Les États Généreux de la culture, qui se tiendront au MUCEM le SAM 26 NOV à 11H autour d’un grand débat Internet et écrans, soulève la question du numérique comme Tiers Lieux.

« Le web dans son ensemble, et les réseaux sociaux notamment, ont permis l’ouverture d’innombrables espaces de création, de partage, de critique (par chacun), de mémoire (pour tous) : en ce sens, peut-on dire qu’Internet est d’ores et déjà devenu le « tiers-lieu » de la culture, sa « troisième scène » – en ce sens qu’elle vient s’ajouter à la sphère familiale (le domicile) et à la sphère sociale du quotidien (l’école, le bureau, l’entreprise ou autre) ?« 

« Comment s’assurer que ce « tiers-lieu » infiniment complexe ne « tue » pas les champs culturels qui l’ont précédé – et qui restent, qu’on le veuille ou non, à l’origine de l’immense majorité des contenus actuels (films, disques, série TV, jeux vidéos…) ? Dans le même temps, comment s’assurer que les échanges infinis permis par le numérique ne soient pas (presque) entièrement dominés par l’économie marchande ?« 

Le Tiers Lieux montre une incompatibilité à s’inscrire dans la sphère marchande, pour qu’il reste accessible à tous il ne doit pas suivre les stratégies marketing propres à l’économie de marché. Tout en devant cependant réussir à promouvoir ses activités et son fonctionnement sans tomber dans le consumérisme culturel. Le but étant toujours d’attirer un public le plus large possible. C’est selon cette ligne de conduite qu’il restera un espace de liberté pour tous.

Le Numérique conduit également à la dématérialisation de l’espace de travail. Le co-working né en 2005 à San Francisco par l’initiative de travailleurs indépendants issus de la révolution numérique :: graphistes, web designers… Qui avaient pour volonté de partager des bureaux afin de sortir de l’isolement tout en réalisant des économies.


Pour finir :

Une autre grande catégorie de Tiers Lieux :: Les Fablabs ! Espaces publics de formation aux pratiques numériques où le partage d’outils et de savoir est mis en avant et où est favorisé le « faire ensemble ». On s’y ré-approprie la production matérielle. Un bon exemple du numérique comme lien social. [À voir fablab de ZINC et Reso-nance Numérique ici http://www.lfofablab.org/]