Xavier de La Porte

Quand on est curieux du numérique et des nouvelles technologies, on a, sans doute, été un auditeur de « Place de la Toile » l’émission de Xavier de La Porte sur France Culture. Pendant 7 ans il a décrypté notre monde en régime numérique.

Aujourd’hui il œuvre toujours sur France Cul (oui on dit comme ça) mais à travers une chronique quotidienne « La Vie Numérique » dans « Les Matins ». Et alors que l’envie d’à nouveau traiter d’une des fractures numériques (ceux qui essayent de comprendre et ceux qui pas), la semaine dernière j’en découvre une via Facebook (merci Mélanie Legas) « Chronique pour ceux qui ne comprennent rien (ou tout) à Internet ».

Dans cette chronique Xavier de La Porte exprime en quelques mots simples, ce qui reste un sujet d’étonnement ;

« D’abord, je pense que vous pourriez tous autant que vous êtes faire un petit effort. Je suis fasciné par un réflexe consistant – alors que nous sommes en 2016, près de 50 ans après l‘invention d’Internet, 25 ans après l’invention du web, alors que nos vies se technologisent par bien des aspects, et les plus intimes parfois – je suis fasciné donc par un réflexe consistant donc à éteindre son intelligence à chaque fois que le mot “numérique” est prononcé ».

Alors la vous allez dire « elle s’est pas foulée ! Utiliser les mots d’un autre » et vous aurez tellement raison ! Mais en même temps pourquoi écrire autre chose alors que c’est EXACTEMENT ce que je pense et que s’est dit avec simplicité et talent ?

Pendant ces trois minutes le chroniqueur décortique ; il y a ceux qui font semblant de n’avoir pas compris car, dans le fond, bien au dessus de tout ça, ils vivent dans un espace/temps autre. Et ceux qui ont bien compris que le changement de paradigme était à l’œuvre. Qu’on avait changé d’ère. Que ça nous plaise ou non, pour le meilleur ET pour le pire.

Prenons l’exemple du selfie:

C’est crispant souvent, incompréhensible même.  Pour autant, les artistes n’ont-ils pas, au fil de l’histoire de l’art, convoqué l’auto-portrait ? Et la communication politique n’exige-t-elle pas d’employer le JE plutôt que le NOUS pour incarner la figure du chef ? Alors pourquoi tout un chacun n’aurait-il pas le droit de se représenter comme un individu au milieu de milliards d’autres ? Pourquoi parler de nombrilisme alors qu’il s’agit peut-être d’un besoin impérieux de se regarder pour être sûr qu’on est bien vivant ? Les digitaux natifs en usent et en abusent, c’est une bonne raison de faire preuve de bienveillance a priori.

Et c’est la conclusion de Xavier de La Porte ; même ceux qui sont censés comprendre ne comprennent pas tout et tant mieux. C’est leur espace poétique, c’est être normal et résistant. Des gens dans le sens d’un rapport au monde actuel. Ni naïfs, ni bornés. Ni aveugles, ni méprisants.

Cette chronique a été écrite en pensant aux équipes de ZINC, Seconde Nature, Reso-nance Numérique, Urban Prod, l’office, ARSENIC, Gamerz, La Fabulerie, Hexalab, Décabestra, TNTB, Les Fées d’Hiver, Le Hublot, AADN, Crossed Lab, PING, Média-cité, Le Shadock, Paradoxa … Tous ceux qui n’ont jamais réussi à expliquer à leurs parents ce qu’ils faisaient dans la vie.

Céline Berthoumieux
Directrice de ZINC

[Vous pouvez retrouver la chronique de Xavier de La Porte en intégralité ici]