5 QUESTIONS À MADJA EDELSTEIN-GOMEZ

Madja Edelstein-Gomez est commissaire invitée de ZINC, du Château Éphémère et de l’Espace Gantner. Madja est actuellement en résidence à ZINC du 18 au 22 JANV2016. Elle reviendra du 22 au 28 FEVR2016.

ZINC: Pouvez-vous nous parler de l’exposition sur laquelle vous travaillez ?

MADJA: Oui.

ZINC: Mais encore ?

MADJA: J’aime ce qui recombine. Les artistes qui recombinent et qui sont recombinés. L’exposition en ligne devrait s’appeler « Les Recombinants » ou quelque chose comme ça. Non, « Les recombinants », c’est très bien. Vous savez, c’est passionnant de choisir le titre d’une exposition. Je me souviens parfaitement à quel moment et à quel endroit j’ai choisi les titres de mes expositions : Committed Suicide [http://committedsuicide.net], God and Bodies [http://godandbodies.com], Out of Caste [http://outcaste.me] et Golem/s.

ZINC: Avez-vous déjà choisi les artistes ?

MADJA: Pas du tout. Nous allons lancer un appel à projet en avril 2017 [http://lesrecombinants.com]. Les artistes pourront y répondre via un site Web. L’exposition en ligne est prévue pour septembre.  Nous espérons que les meilleurs artistes internationaux se porteront candidats. Une exposition d’art en ligne n’est pas une chose si courante. Ils auront, grâce à mon action, une visibilité exceptionnelle. Mon idée est, au-delà de l’exposition elle-même, de faire en sorte que le travail des artistes puissent être partagés. Il m’est important que chacun puisse faire de l’art sa chose à soi.

ZINC: Nous sommes très heureux de vous accueillir. Sur quoi avez-vous spécifiquement travaillé pendant cette première résidence ?

MADJA: Sur les légumes. J’aime beaucoup les légumes. Et vous, vous aimez les légumes ? Les légumes rares. Les topinambours, le cerfeuil tubéreux et quelques autres légumes anciens sont redevenus à la mode. Mais il en existe des plus rares, comme les tomates-ananas, la châtaigne de terre, le chervis ou berle des bergers, j’adore le chervis, vous devriez goûter, il a un petit goût de carotte, on devrait d’ailleurs l’appeler ainsi, « le chervis-carotte », et comment ne pas vous recommander le chou marin, Hermann Melville en mangeait plus que de raison, ou le melon-banane, assez rare quand on y pense, et la joyeuse arroche rouge, qui est une espèce d’épinard, ou encore le haricot bretzel, que j’ai découvert la semaine dernière entre Bâle et Mulhouse, il était accompagné d’épinards-fraises, avec du beurre frais et salé, tout cela était absolument délicieux. À la Friche de la Belle de Mai, voyez-vous, il y a ce petit marché merveilleux avec des légumes et d’autres produits méditerranéens étonnants. J’ai aimé les cuisiner. Vous allez me dire que j’ai passé ma résidence à cuisiner, et bien oui, c’est vrai, je cuisinais pendant que les gens adorables avec qui je conçois cette exposition travaillaient sur des trucs bizarres, le node.js ou le javascript.

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Archives photos de Madja lors de sa résidence.

ZINC: Vous voyagez beaucoup. On dit que que vous passez plus de la moitié de l’année dans les airs. Qu’avez-vous particulièrement apprécié lors de ce premier séjour à Marseille ?

MADJA: La merveilleuse profusion artistique de la ville. Marseille est une ville où la création est partout. Grâce aux artistes plasticiens, bien sûr, aux artistes dramatiques, aux artistes de la rue, aux artistes numériques, aux musiciens, oui, aux musiciens et aux artistes de tuning. J’adore le Tuning. Avec un bon ensemble subwoofer, on peut sentir le bruit du monde.  Je teste souvent mes collègues commissaires d’exposition à ce sujet. Je suis même l’auteur d’un test sur la question : le test de Tuning. Vous le trouverez sur mon site personnel [http://tuningtest.madja.net]. Le Tuning, comme la tomate-ananas, est un phénomène de recombinance. Avec mes légumes et ma cuisine, à la Friche, j’étais au cœur de mon sujet, au cœur de la recombinance. En biologie moléculaire et génétique, la recombinance n’est rien d’autre que du copier-coller réalisé sur de l’ADN. La nourriture, les légumes, c’est du code, comme le javascript.

Je sens que vous allez me dire : Et l’art dans tout ça ? Les humains recombinants sont capables de capter les fréquences inaudibles et invisibles de l’univers et de les  déployer dans des formes incertaines et singulières, dont quelques-unes sont appelées « art ». Le télépathe, le médium sont aussi des recombinants. Tous les artistes sont un peu médium. Comme les vrais commissaires d’exposition. Ce sont des déchiffreurs, capables de recoder leur propre code, de décrypter le réel le plus inaccessible de l’univers et de le mêler à celui des humains. Le recombinant possède ainsi plusieurs modalités d’ « existence ».  Que nous apprend la recombinance ? Qu’il n’y a pas de codage originel, qu’il n’y a que du recodage, – qu’il n’y a pas de tout, juste des parties qui émergent de la recombinance, – qu’il n’y a pas de pureté, seulement un mélange sans qu’il soit possible de retracer l’origine exacte des différentes parties. Marseille est une recombinante.

Plus d’info sur Madja Edelstein-Gomez et son projet « THE RECOMBINANTS » sur le site de ZINC >> ici