L’inverse, le contraire et l’opposé

Cet édito fut souvent l’occasion de souligner à quel point, pendant longtemps, nous fûmes regardé comme des hurluberlus au mieux, comme des suppôts de Satan au pire !

De notre point de vue ces dix-huit dernières années, nous les avons plutôt passées à regarder, décrypter et analyser ce que l’informatique, le multimédia, le numérique et les nouvelles technologies « font à nos vies ». Comprendre et transmettre ce que « ça » change. 

Mais nous sommes en l’an 2016 que l’on parle de société, d’urbanisme, d’emploi, d’économie, d’éducation, de jeunesse, de culture … Le rôle, l’impact et la place du numérique sont quasi systématiquement évoqués. Mais suffit-il d’y accoler le mot, pour la transition s’opère réellement ?

Tout n’est pas si simple. Car, en la matière, nous pouvons constater que François Hollande, par exemple, est l’opposé de Barak Obama. Vous avez sans doute croisé cette photo qui montre le bureau du Président de la France sans le moindre outil numérique dessus, alors que Mister Président maitrise ses réseaux sociaux sur le bout des doigts. Je pourrais aussi citer Nicolas Sarkozy et « C’est quoi le « Bon Coin » ? », à opposer à Justin Trudeau capable d’expliquer l’informatique quantique avec aisance. La déconnexion de la classe politique française pose question ; quelle vision pour une société et des territoires à l’aube d’une automatisation généralisée, de 20 millions d’objets connectés en France et du big data à tous les étages, sans parler de l’ubérisation qui gagne du terrain ?

On peut aussi constater que bien souvent la manière dont les décisions sont prises, pour nous citoyens, habitants, gens, est le contraire de ce qu’il aurait fallu faire. Equiper les collégiens de tablettes sans l’accompagner, voire le précéder par une éducation au numérique digne de ce nom, est un exemple édifiant. Principe que l’on retrouve avec la dématérialisation de la relation des bénéficiaires des minimas sociaux ou demandeurs d’emploi ; on remplace la relation avec des agents par du formulaire, sans avoir ni formé les agents, ni accompagné les gens dans ce changement. Ce défaut d’anticipation est-il dû au manque d’un minimum de bon sens, ou à la fameuse politique de l’autruche ?

Quand à l’inverse, le troisième larron, de cette petite démonstration c’est tout simplement le changement de point de vue qu’il faudrait opérer pour regarder le monde en « régime numérique », selon cette formule qui nous est chère. Et notamment en s’imaginant qu’innover, ce terme dénué de sens, c’est faire du neuf avec du vieux, alors que c’est l’inverse précisément ! Les fablabs sont les garages de nos grands pères remis au goût du jour, les tiers-lieux des friches culturelles avec des start-up dedans, le co-voiturage c’est de l’auto-stop avec des smartphones…

Ne pas avoir qu’un seul point de vue c’est ce que nous nous attachons à travailler jour après jour à ZINC. Et c’est toute l’énergie que nous avons mise, avec nos alters-égaux aixois de Seconde Nature, pour vous proposer une belle programmation qui va courir sur plusieurs mois.

Vous le savez, ce qui compte le plus pour nous est de vous y voir, notamment pour le vernissage de l’exposition « Irisations », qui parle de regard, de point de vue et de représentations, justement …

Céline Berthoumieux.

Edito – Extrait de la newsletter du mois de juin 2016