Il faut nous laisser maintenant

Comme il est intéressant de lire, regarder, écouter ce qui se dit à propos du mouvement Nuit Debout. « Jeunes sans cerveaux » « Chienlit » « anti-jeunes et pro-chômage ». Welcome back en 1952.

Il ne s’agit, ici, en aucun cas de projeter dans ce mouvement un fantasme de révolution citoyenne en marche. Car en réalité, personne ne peut dire ce qu’il va advenir de cette dynamique. Ce qui est certain, c’est que cela vient bousculer une pensée à laquelle le monde médiatique et politique est tellement attaché ; il faut un leader, il faut un appareil politique, il faut un programme clair…

Pas d’étonnement devant le mépris affiché de ce monde face à une jeunesse, au sens large, qui questionne le processus démocratique dans cette cinquième république à bout de souffle. Pas d’étonnement, mais une question rhétorique ; sérieusement vous donnez des leçons de démocratie à ces gens qui se retrouvent pour débattre ?

Le traitement mass-médiatique de ce mouvement relève là aussi du cas d’école. À de rares exceptions près, ce qui est donné à voir ou à entendre au plus grand nombre est le manque d’organisation, l’absence de chef, le trop grand nombre de revendications… Cette condescendance laisse pantois car au delà des aspects contestataires, ces rassemblements activent ce que les réseaux sociaux et le journalisme citoyen peuvent proposer d’utile. Quand on sait que ces mêmes médias cavalent après cette production de l’information qui leur échappe et tentent à base d’interactivité, de multi-écrans ou d’une toujours plus grande réactivité de faire passer du vieux pour du neuf. Comme ce fameux homme politique qui a fait envoyer un fax aux rédactions pour annoncer qu’il avait twitté…

Ce que ces Nuit Debout révèlent, c’est que ce sont deux réalités – deux nécessités qui s’affrontent. Quand bien-même, elles partagent un même territoire, elles semblent ne pas vivre dans le même temps du monde. Ce vieux monde qui n’a à opposer aux mouvements citoyens que la figure tutélaire de l’homme providentiel, du leader, qui va mener notre patrie à la plénitude du plein emploi et de la consommation quotidienne, dimanche compris. Comment pouvons-nous être encore, dans cette pensée magique pour ne pas dire toxique ?

Céline Berthoumieux.

Edito – Extrait de la newsletter du mois de mai 2016