5 Questions à Michaël Cros

Michaël Cros, artiste puridisciplinaire, est en résidence à la Friche la Belle de Mai – pour son nouveau projet Über Beast Machines – Création 2017. Nous profitons de l’avoir avec nous pour lui poser nos 5 questions.
1/ En quelques mots, qu’est-ce que ÜBM ?

ÜBM, ça veut dire Über Beast Machines. C’est le nom du nouveau gros projet de la Méta-Carpe. Ce projet vient dans la continuité de mes travaux précédents qui mettent en jeu des corps de différentes natures (vivants, objets ou images), avec comme figure récurrente « le Peuple Sombre ». Les ÜBM constituent une nouvelle catégorie de personnages hybrides et fragiles qui vont prendre place dans cet univers. Dans l’étape de travail du 23 avril, le petit théâtre de la Friche sera métamorphosé en espace de gestation de ces corps à venir.

2/ Les projets que tu crées assemblent art de la marionnette, danse contemporaine et arts numériques. Quant aux personnages que tu animes, ils sont bruts, naturels et primitifs mais tout de même couplés à des mécanismes technologiques.
ÜBM se situerait-il entre futurisme et archaïsme ?

À cette étape du processus de création, les premiers ÜBM n’ont pas encore pris corps. Par contre, ils ont des congénères : des BB Végétaux, un BB Sombre, une Bête…
Ce qui m’intéresse, c’est de maintenir l’ambiguïté sur la généalogie entre ces créatures… Qui a engendré qui ?
Perturber les causalités, c’est perturber la perception du temps. C’est ce trouble qui constitue ma principale source d’inspiration, c’est à partir de lui que chacun peut se créer sa propre expérience dans le dispositif, et avoir ses propres projections. Archaïsme ou anticipation, je ne propose pas une réponse univoque, juste des « potentiels ».

3/ La journée du 23 avril, avec performances et Nice To Meet You, s’appelle « Petite fabrique de monstruosité électrique (ou non) ».
Cette invitation pour découvrir ÜBM est aussi curieuse que le projet.  Qu’est que tu prépares ?

Cette étape à Marseille, après celle de janvier à Lyon avec Vidéophonic (AADN), est très importante pour moi et pour l’équipe de création. Il ne s’agit pas de présenter une ébauche de la future forme scénique, mais de créer un moment nécessaire à notre avancée (pour rappel, la création aura lieu fin 2017).
J’ai donc imaginé ce rendez-vous public en deux temps : le premier sous forme de performance déambulatoire avec trois danseurs-marionnettistes :  l’univers du Peuple Sombre se matérialise autour d’un espace de gestation, un incubateur étrange et inquiétant dans une espace en friche. Le deuxième est un temps de rencontre avec Jérémy Damian, anthropologue, et Matthias Youchenko, philosophe. Cette rencontre est pensée comme un temps d’échange avec le public sous forme collaborative : on l’invite à explorer les questions soulevées par le projet, on crée une ressource commune.

4/ Aujourd’hui, la question de la ressemblance, de la communauté et de l’étranger résonne particulièrement avec nos états de peur et la fermeture de nos frontières. Qu’en penses-tu ? Penses-tu que nous devons nous ré-approprier autrui ?

Explorer la question de l’autre et des multiples émotions/projections qu’il suscite peut faire échos à de nombreux aspects sociétaux actuels. Danser, ce n’est pas rester sur place et défendre son carré de tapis de danse… Explorer les marges, se décentrer, aller dans des zones d’inconfort, observer attentivement, tout cela questionne son ancrage, son centre de gravité, sa posture et sa mobilité.
Pour revenir à ta question, ce qui m’intéresse, c’est d’imaginer un autrui « élargi », un autrui « environnemental » avec lequel nous serions partenaires et non propriétaires. Jean-Christophe Bailly, lorsqu’il écrit sur la relation de l’humain au reste du vivant, fait partie des philosophes qui m’ont beaucoup influencé dans ce projet.

5/ Les personnages que tu mets en scène sont visibles et présents, mais aussi furtifs, intriguants voire imaginaires.
Y a-t-il dans cette approche de l’étrange, une démarche ou une fascination divine ? Tu évoques en effet souvent la passion pour l’homme à fabriquer / à défier ces créatures.

Oui, c’est vrai que j’ai un goût certain pour la SF et le fantastique. Et pour ÜBM, j’ai relu avec grand plaisir Frankenstein de Mary Shelley.
Le Peuple Sombre est constitué de nourrissons sans âge, de créatures co-conçues, de figures hybrides, de mélanges de genre. Le motif central du travail semble se situer autour de la fertilité et de la création… Mais pour moi qui suis athée, il n’y pas de lien avec le divin. Au contraire, je vois-là quelque chose de profondément et irrésolument humain. Je suis fasciné par la faculté de nos imaginaires à peupler tout ce qui nous entoure de figures rassurantes ou au contraire anxiogènes, à créer de la figure à partir de la matière. Ce qui m’importe, c’est que les corps présentés dans ce travail puissent accueillir en eux (sur eux) tous ces possibles.

 

Résidence de création – ÜBM

11 au 23 AVR. 2016

Petite fabrique de monstruosité électrique (ou non)

SAM 23 AVR

Performances – 16H et 16H30 (réservation auprès de melanie@zinclafriche.org)

Nice To Meet You #49 – 17H

Petit Théâtre – Friche la Belle de Mai