ÉLÉMENTS DE LANGAGE

Avez-vous remarqué, dans la société du spectacle dans laquelle nous vivons comme est advenue l’ère des « Eléments de Langage ». Cette invention des conseillers en communication dans le milieu politique, qui a pour utilité d’éviter que les gens, nous, ne réfléchissions trop.

Tout n’est plus qu’anecdote, nom, catégorisation ; « fiche S » « les Français », « sur Internet »…

Il faut faire simple. Simplifier jusqu’à l’extrême. Faire disparaitre la chair, devenir de plus en plus maigre de la pensée. Après le corps, l’anorexie de l’esprit. Après avoir séparé celui qui produit de ce qu’il produit, on sépare la pensée de ce qui va l’exprimer, la rendre entendable.

D’ailleurs, quand on œuvre dans le champ de la création contemporaine ou des cultures numériques souvent on entend régulièrement ; « on comprend rien à ce que vous faites », de préférence de manière un peu outrée. Comme si la compréhension de ce à quoi on est confronté était un pré-requis, et ne devait nécessiter aucun effort ! Comme si prendre le temps de comprendre, réfléchir, se questionner pour appréhender était superflu, voir humiliant.

Se faire un peu mal pour comprendre ? Mais vous n’y pensez pas !

Récemment, dans une émission d’une radio nationale était invité le créateur d’une « une école du code », le thème de l’émission « Numérique ; la France se réveille t’elle enfin ? ». Dès le début on sent que le journaliste, pourtant féru du sujet, marche sur des œufs, inquiet que « les auditeurs » comprennent bien tout ce qu’on leur dit. Et quand à la question « alors cette école c’est quoi ? » le créateur de répondre « c’est transformer les chômeurs en développeurs ». Soulagement du journaliste ; « C’est simple ! ». Ben pardi ! C’est tellement simple que ça ne veut strictement rien dire… Mais c’est pas bien grave car on a parlé de la transition numérique et que tout le monde est censé avoir compris. On a, une fois de plus, parlé de « Blablacar » comme une entreprise de l’économie collaborative et des usages du numérique à partir de la recherche d’emploi et de la capacité à être un employé digne de ce nom. On en a parlé, mais pour celui qui a écouté, ce qu’il a entendu était au mieux approximatif ou inexact au pire carrément faux.

A force de se retrancher derrière la nécessaire simplicité ou la simplification à tout prix, la société est devenu incompréhensible à ceux qui sont censés prendre des décisions pour elle. Le règne des éléments de langage, c’est un long processus qui nous a mis dos au mur. La paresse de l’esprit, la fainéantise de la réflexion a créée un pays dans lequel il est impossible de se parler quand on est pas d’accord.

2015 fut lourde et dramatique. Tout a été soigneusement nommé ; « attaques », « courbe du chômage », « crise climatique », « migrants » puis « refugiés ». Les rois de la com ont bien bossés cette année encore. A coup de lavements conceptuels et fumeux, ils ont encore plus décharné ce qui relève du corps social.

Alors la bonne résolution de l’année 2016 ; prendre du poids. Grossir de la pensée. Ça vous dit ?

Céline Berthoumieux, Directrice de ZINC.