5 Questions à Alain Josseau

Du 5 au 30 NOV 2014, le Petirama de la Friche la Belle de Mai accueille l’exposition Matière Cinéma.

En effet, ZINC et Seconde Nature propose un parcours d’exposition d’une dizaine d’œuvres entre Aix-en-Pce et Marseille autour de l’image en mouvement à l’ère du numérique.

L’une des œuvres présentée à Marseille, étant 3 min Scenario : Guerre d’Alain Josseau, nous en avons profité pour lui poser nos 5 questions.

1 / Pouvez vous nous parler de votre parcours en quelques mots ? Quelle a été votre démarche pour ce travail ?

Issu de l’école des Beaux arts de Nantes, un diplôme de troisième cycle en nouvelles technologies et l’Institut des Hautes Etudes en Arts Plastiques, mon travail a toujours consisté et quelque soit les médiums utilisés (dessin, peinture, vidéo, informatique…) en une exploration de la question de l’image dans nos sociétés contemporaines ultra-médiatiques, en une mise en place d’une grammaire des images… Le projet dans cette pièce était (comme dans de nombreuses autres…) de montrer le mécanisme de construction d’un faux document et en direct…

 

2 / À travers votre œuvre intitulée 3 Min Scenario – Guerre, vous filmez dix maquettes, réalisées à échelles distinctes, à l’aide de mini-caméras. Pourquoi avoir mêlé ces séquences à des images sources provenant de toutes sortes de médias ?

J’entends par images sources, celles qui ont servies à concevoir ces différentes maquettes. Celles-ci proviennent en effet de différentes sources, de documentaires, d’Internet (image fixe ou en mouvement), du cinéma… En utilisant celles-ci, je pointe l’imbrication permanente de la fiction avec ce qui est communément appelé la réalité et ce faisant, je souligne la « fictionnalisation » de la réalité, la difficulté de séparer le vrai du faux, le simulacre du vrai. Tout est aujourd’hui, interchangeable… La fiction peut faire vrai et la réalité peut sembler fictionnelle. Dans cette œuvre, par exemple, il s’agit bien de filmer ( avec des mini-caméras de mauvaises qualités) des jouets, des dioramas mais qui projetés sur grand écran semble rappeler un reportage de guerre (flou accentué, mauvaise définition de l’image)… Mais il s’agit bien d’un faux reportage, car l’installation utilise les tics du cinéma de fiction : panoramique, plan fixe, différentes échelle de plans. Un vrai documentaire aurait été fait caméra à l’épaule…

 

3 / Le contexte de presentation de votre œuvre, ici à la friche, diffère-t-il des précedents ? Comment appréhendez-vous l’invitation de Seconde Nature et ZINC à exposer sous la thématique Matière Cinéma ? 

Cette œuvre à déjà été montrée six fois (Roubaix, Paris, Toulouse…) dans des conditions complètements différentes… Cette invitation autour de la thématique Matière Cinéma rapproche cette œuvre de son point d’achoppement : le cinéma. Cette pièce est-elle un décor de cinéma ? Ou le décor caché d’un documentaire ? Dans tout les cas, elle est une machine de dévoilement, une machine à montrer la fabrique des images (les décors, les hors champs…) et comment finalement on peut les faire mentir facilement…

 

4 / Votre travail semble être à la fois une réflexion sur une nouvelle approche de la guerre et une critique de la surmédiatisation des images aujourd’hui. Quelle regard portez-vous sur le numérique et les médias aujourd’hui ?

La guerre, les grands événements médiatiques sont des prétextes à une interrogation de leurs médiatisations. La guerre ne m’intéresse pas en soi. La guerre m’intéresse en tant que machine à produire des images quantitativement et qualitativement. Car la guerre produit en quantité des images mais crée aussi de nouvelles images, de nouvelles esthétiques (images nocturnes, images FLIR…). Dans ce bruit (du message), il est devenu difficile de démêler et d’identifier le vrai du faux. Internet et les médias classiques télévisuels ont engendré une confusion totale des référents et une réversibilité permanentes des faits et des concepts… Le faux a toujours existé mais aujourd’hui les images ne sont plus fausses, elles ont juste basculé dans le monde de la visibilité. C’est-à-dire qu‘elles ne sont plus que des objets perceptibles physiologiquement. L’image n’est plus un mode de connaissance, elle ne sollicite pas non plus le jugement et ne mentent pas non plus. L’image est entrée dans un nouveau système et a créé un nouveau réel : celui du pur artifice et de la pure visibilité.

 

5 / Votre prochaine création sera-t-elle à nouveau centrée sur les conflits contemporains au Moyen-Orient ? Ou souhaitez-vous partir sur quelque chose de différent ?

La pièce « 3 Min Scenario : Guerre » est déjà de 2010, j’ai réalisé de nombreuses installations depuis et en particulier une série intitulée « The angels of light » qui prend comme base toujours les conflits endémiques du Moyen-Orient et d’Afghanistan…

Dans ces nouvelles œuvres, je reprends des vidéos (filmées par des drones ou par l’aviation) postés sur Internet par l’armée américaine. Je les retranscris en maquette à une grande échelle (ce qui au final crée de grand paysage de ville et de campagne) puis les re-filme en direct à l’aide de robots automatisés ou de machineries cinématographiques. La figure humaine (même en jouet !) a disparu… C’est une autre réflexion

Sur la guerre contemporaine et sa nouvelle approche du combat orientée autour de la robotisation généralisée. La guerre est devenue une affaire de censeurs, de capteurs, de dispositifs optoélectroniques dans laquelle l’humain (du coté des forces américaines et alliés, car du coté des forces terroristes nous sommes encore dans une forme de guerre « classique) a presque disparu ou est relégué à un pilotage par joystick à l’instar des jeux vidéo et ou même la réalité est devenu un plateau de cinéma potentiellement filmable.