5 questions à Anne-Isabelle Vignaut

vignaud

A la tête de la Condition publique à Roubaix, cette observatrice du territoire nous confie les étapes qui ont amené les dessiccateurs du Nord de la France jusqu’à la Friche de la Belle de Mai. À voir jusqu’à la fin du mois…

1/ Comment vous est venue l’idée de cette exposition?

Installée dans une friche industrielle, la Condition Publique s’attache à construire des propositions artistiques contemporaines nourries par l’histoire de ce site dédié à l’industrie textile. En lisant des textes sur le fonctionnement de l’ancien conditionnement, on a découvert cet objet le « dessiccateur ». On a été frappé par le fait que c’est à la fois un objet clé dans le process textile et en même temps, il semble comme effacé des mémoires, à la différence d’autres machines très présentes dans les musées. Par ailleurs, on a adoré ce mot « le dessiccateur » qui évoque un univers de science-fiction. Quand on a décidé de répondre à l’appel à projet pour Dunkerque, Capitale Régionale de la Culture, on a cherché les liens entre le littoral et la métropole lilloise. Les toisons de laine arrivaient en bateau à Dunkerque, en train à Roubaix, en camion à la Condition Publique pour être analysées et vendues. On a voulu mettre en lumière ce chemin et la dessiccation,  étape majeure pour déterminer le « poids loyal et marchand » de la laine.

2/ Pourquoi avoir choisir de commander des pièces à ces trois artistes/ collectif?

Notre vocation n’est pas de faire des expositions sur le patrimoine ou sur les métiers mais de favoriser la création contemporaine. Solliciter des artistes  dans le cadre de commande nous est donc naturel : partager notre étonnement sur les dessiccateurs et découvrir comment les artistes vont se l’approprier est passionnant. Trois, c’est bien pour avoir une diversité de propositions. Frédéric Le Junter, compositeur et plasticien renommé vit tout près de Dunkerque, les Saprophytes travaillent sur la Métropole lillois, et dans le désir de relier deux ports, Marseille s’est imposé avec une histoire partagée avec ZINC, et cette symétrie culturelle forte qui existe entre ces deux villes.

3/ La Condition publique a une histoire industrielle commune avec la Friche, que vous évoque la requalification de la Friche et qu’en avez vous perçu lors de votre passage?

Pour tous ceux qui connaissent la Friche de la Belle de mai depuis des années, la transformation est saisissante. Quand on y a vu les Nouveaux Territoires de l’Art avec les ministres intervenant devant un rideau de pluie quasi indoor et les rigoles de boue circonscrites par des patchwork de planches, on mesure le travail et les investissements réalisés. La perspective magnifique sur la terrasse et la boîte Panorama posée dans le ciel de Marseille sont très réussies, j’aime beaucoup les cabanes traitées au feu, j’aime aussi retrouver au détour d’une allée la friche d’autrefois et soudain le chantier avec une grue monumentale.

4/ Y’a-t’il d’autres endroits dans lesquels vous auriez envie de montrer cette exposition?

On aimerait bien présenter les dessiccateurs aux Archives du Mont-de-Piété d’Avignon, dans l’ancien site de la Condition des soies, où ils conservent de magnifiques dessiccateurs avec façades en fonte émaillées.

5/ Quelle est le prochain rendez-vous pour le public chez vous à La Condition Publique de Roubaix?

Les 5 et 6 juillet : le festival Pile au RDV avec le Théâtre de chambre de Christophe Piret, festival co-construit avec les habitants et une multiplicité d’acteurs qui s’engagent pendant plusieurs mois. On construit et partage une cité à vivre utopique devant la Condition Publique, cette année, se sera un campement avec le spectacle « Camping complet ».