La petite leçon élémentaire – L’ART ET LE VÉGÉTAL

Ce week-end c’est le festival B:ON AIR à la Friche la Belle de Mai :

© Caroline Dutrey

Ce festival végétalisé, durant lequel le temps d’un week-end, l’underground local se frotte aux révélations mondiales à travers une programmation entre rave éveillée et house aux fenêtre grandes ouvertes. La petite leçon élémentaire portera donc ici sur les rapporte entre art et végétal : on va parler d’œuvres, de recherches et de lieux tous engagés dans des démarches écologiques, innovantes, dépaysantes et même paysantes 🙂

Et on commence à ZINC où Über Beast Machine est en couveuse !

ÜBM est un projet de l’artiste Michaël Cros de la compagnie La Meta-Carpe.

« D’où vient ÜBM ? D’un passé lointain, d’un futur improbable ? Retrouvé il y a peu, il végète dans une couveuse. Qui voudra bien prendre soin de lui ? »

Über Beast Machine est une nouvelle espèce vivante en gestation. La couveuse d’Übm est donc installée au medialab de ZINC et l’on peut y voir une première forme végétale et robotique. Accompagnés par nos médiatrices – scientifiques en herbe – cette créature en devenir vous invite à un premier contact.

Suivez ÜBM sur le blog : ubmgestation.tumblr.com et venez lui rendre visite au medialab 🙂


Ce projet remet en jeu une nouvelle fois cette triangulation spécifique à la Méta-Carpe qui associe la danse contemporaine, les arts de la marionnette et les arts numériques, à la recherche d’une écriture singulière qui place le corps (seul ou en interaction) comme figure centrale, à la recherche de ses possibles. Comment donner vie à une créature étrange et inquiétante qui associe les arts de la marionnette, la robotique et la botanique ?

Depuis 2008, Michaël Cros met en place un univers à la fois étrange et inquiétant constitué de corps hybrides, mécanisés, sombres et végétaux. Ces créatures, ersatz d’une humanité « altérée » lui permette de questionner notre condition humaine et ses frontières (entre le règne animal et le monde des machines) ainsi que les liens qui nous poussent à vivre ensemble.

Ce travail porté par Michaël Cros assosiant la biologie aux nouvelles technologies nous amène à évoquer le terme de biomimétisme ! Et c’est Xavier de La Porte qui en parle sur France Culture dans sa chronique > Ce qui nous arrive sur la toile < 

 » Le biomimétisme, c’est, dans sa définition contemporaine le transfert de processus de la biologie vers la technologie c’est le fait de s’inspirer du vivant, de solutions modelées par la nature, pour résoudre des problèmes technologiques. »

 » Par exemple, au Japon, les ingénieurs du réseau ferré Shinkansen ont conçu l’avant de leur train à grande vitesse en s’inspirant du bec du martin-pêcheur (qui entre dans l’eau à très grande vitesse sans provoquer de mouvement à la surface de l’eau). La peau de requin a inspiré des combinaisons de natation et des fuselages d’avion. Plus étonnant, les ingénieurs s’attelant à la programmation des ordinateurs de bord des voitures tentent de s’inspirer les poissons qui arrivent à nager très vite, en banc très serrés et à effectuer des virages très rapides sans jamais se heurter. Si on pouvait implémenter dans les ordinateurs de bord la méthode des poissons, on résoudrait un certain nombre de problème. Dans la finance aussi, des recherches sont menées pour appliquer aux systèmes financiers des mécanismes d’immunité dont sont dotés les organismes. »

« Le biomimétisme a aussi un avantage considérable – et c’est dans cette logique que l’inscrit Janine Benyus, qui a largement participé à la popularisation du biomimétisme – il vise à une innovation respectueuse de l’environnement. Car s’inspirer de la Nature, c’est avoir recours à une énergie naturelle (le soleil), c’est ne pas utiliser plus d’énergie que ce dont on a besoin (comme le fait la Nature), c’est tout recycler etc. »

« Mais au-delà du défi, est-ce que n’est pas étrange de considérer qu’on peut réduire un processus biologique complexe à un algorithme, si élaboré cet algorithme soit-il ? Peut-on vraiment trouver l’algorithme qui donne leurs formes aux rayures d’un zèbre ou qui permet de modéliser le vol d’étourneaux ? Est-ce qu’on n’est pas là dans la même illusion que lorsqu’on pense réduire le fonctionnement de notre cerveau à une suite d’instruction ? Je ne sais pas. Je suis peut-être trop romantique en chérissant l’idée que la Nature ne soit pas complètement imitable. » 

Les rapports entre la nature et les nouvelles technologies intéressent beaucoup, interrogent un peu aussi.

Dans tous les cas l’art étant reflet de l’époque, il est aujourd’hui témoin de deux événements majeurs : la crise écologique et la révolution technologique.

En 2013 dans le cadre de son projet « Les états de la matières » l’artiste Pauline Bastard achète une bâtisse et son terrain pour une somme symbolique dans les Landes, à Saint Yaguen.  L’artiste l’a ensuite détruite entièrement, peu à peu, afin de l’a répartir et l’a disperser dans les paysages alentours. La matière de la bâtisse dans son intégralité redevient entièrement matière première. Et finalement la maison n’est plus nulle part tout en étant partout.

L’artiste va à l’opposé des temporalité de notre époque qui produit et consomme à un rythme toujours plus effréné en détruisant de façon manuelle et lente cette bâtisse.

La nature reprend alors ses droits.

Et c’est de cela dont il est question – de cette nature qui reprend ses droits – dans la notion de Tiers Paysage initié par Gilles Clément.

 » Le Tiers-Paysage –fragment indécidé du Jardin Planétaire- désigne la somme des espaces où l’homme abandonne l’évolution du paysage à la seule nature. Il concerne les délaissés urbains ou ruraux, les espaces de transition, les friches, marais, landes, tourbières, mais aussi les bords de route, rives, talus de voies ferrées, etc … A l’ensemble des délaissés viennent s’ajouter les territoires en réserve. Réserves de fait : lieux inaccessibles , sommets de montagne, lieux incultes, déserts ; réserves institutionnelles : parcs nationaux, parcs régionaux, « réserves naturelles ». « 

« Comparé à l’ensemble des territoires soumis à la maîtrise et à l’exploitation de l’homme, le Tiers-Paysage constitue l’espace privilégié d’accueil de la diversité biologique. Les villes, les exploitations agricoles et forestières, les sites voués à l’industrie, au tourisme, à l’activité humaine, l’espace de maîtrise et de décision sélectionne la diversité et parfois l’exclut totalement. Le nombre d’espèces recensées dans un champ, une culture ou une forêt gérée est faible en comparaison du nombre recensé dans un délaissé qui leur est attenant. »

« Considéré sous cet angle le Tiers-paysage apparaît comme le réservoir génétique de la planète, l’espace du futur … »

La planète nous survivra, alors tentons de voir notre expérience à ses côtés comme une expérience – une expérience qui se doit d’être collective mais aussi utopique, ce que Tomás Saraceno qui sera l’artiste associé à notre prochaine biennale CHRONIQUES 2018 – LÉVITATION évoque par le biais de son travail.

Tomás Saraceno – 32SW/Stay green/Flying Garden/Air-Port-City, 2007-09.

Rodrigo Alonso :

« Le travail de Tomás Saraceno défie les notions traditionnelles d’espace, de temps, de gravité, de conscience et de perception, à travers des idées architecturales, sociales et communautaires utopiques et par nature participatives. Le ciel et la terre sont interchangeables dans ses installations où les jardins sont flottants et les gens capables de réaliser leur souhait immémorial de voler. Inspiré par le désir de modifier nos modes d’expérience et la réalité, chaque oeuvre est une invitation à concevoir des moyens alternatifs de connaissances, de sensations et d’interactions avec les autres. En parallèle, Saraceno fait appel aux facultés créatives des visiteurs, les impliquant dans des situations et des actions requérant leur innocence, leur participation et responsabilisation. Ses projets mettent en avant le relationnel et fabriquent des espaces interdépendants soulignant non seulement le caractère écologique des milieux naturels mais aussi celui des espaces sociaux. Les oeuvres montrent surtout que la possibilité de transformer le monde est toujours à la portée de ceux qui sont prêts à s’impliquer dans un projet de construction. Le travail de Tomás Saraceno est peut-être la panoplie d’outils qui nous manquait. »