Les idées n’appartiennent à personne (surtout quand elles sont aussi médiocres)

Avec ce titre accrocheur, et légèrement malhonnête aussi il faut bien dire, regardons à quel point, en l’espace de deux décennies la pensée « make the world a better place » nous a imprégnée. Comment derrière chaque idée un peu nulle, se fantasme un compte en banque garni de milliards. Le milieu des nouvelles technologies, à forte dominante masculine, a grandi biberonné à l’imagerie du super héros, et, je caricature à peine, avec une certaine idée de la toute puissance.
Fût souvent ici gaussé le principe de faire du neuf avec du vieux, à moins que cela ne soit l’inverse. Cette propension puérile à s’imaginer qu’on est le premier ou le seul à avoir eu « la bonne idée » et qui fait que les start-up poussent comme des champignons. Et si on s’intéresse un peu au sujet il y a de quoi bien se marrer en découvrant applications, réseaux sociaux, ou projets numériques plus inutiles les uns que les autres. Et ce n’est pas l’état ou les institutions qui contredisent ce curieux mouvement. Ainsi chaque initiative de regrouper 2 start-up a forcément l’ambition de faire une « silicon valley à la Française ». Tout un tas de dispositifs ont vocation à repérer les talents numériques afin de ne pas passer à côté du futur Google ou Facebook. Un élan optimiste ou naïf mais qui a pour effet d’encourager la pensée (magique) à l’œuvre : avoir une bonne idée pour gagner plein de pognon avec.

Ces GAFA que l’on sert comme un exemple de réussite absolue, sont la quintessence de cette fantasmagorie collective. Google n’a pas eu l’idée du moteur de recherche, il n’a fait qu’améliorer l’utilisation avec leur algorithme. Si Facebook est le premier réseau social, invention qui, effectivement a modifié la vie de centaines de millions de gens à travers la planète, son principe repose sur la captation et la vente à son propre profit des milliards de contenus que les utilisateurs génèrent chaque jour. À noter, comme une cerise sur le gâteau : ces entreprises ne payent d’impôts nulle part. Nous sommes donc dans un schéma du type ; monétiser les idées des autres et surtout ne pas remettre les valeurs créées en circulation. Que de puits sans fond dans lesquels tombe tout cet argent, quand on sait que la création contemporaine peine à exister correctement faute de moyens !
La course à L’Elysée bat son plein, et le moins qu’on puisse dire c’est que les questions liées à l’accès à la culture, aux savoirs, et à une meilleure répartition des valeurs créées, ne sont pas ou peu évoquées. Alors que nous sommes en 2017, quelle pensée de l’économie de la connaissance ? Et pourtant, comme le préconise le groupe de réflexion Ars Industrialis, face aux crises, déployer un principe d’économie du partage des connaissances et des biens communs est une solution vertueuse. Mais tiens, en voilà une bonne idée pour faire du monde un endroit meilleur !
édito Feuille de ZINC – mars 2017
Céline Berthoumieux