PETITE LEÇON ÉLÉMENTAIRE : LA NOUVELLE PLACE DU SPECTATEUR

©dessin de Philippe Pareno

Cette semaine s’est terminée la carte blanche de Tino Sehgal au Palais de Tokyo … Exposition qui a fait grand bruit, encensée par la critique et qui se démarque par le mystère qui l’entoure éveillant alors la curiosité de chacun. Tino Sehgal, chorégraphe de formation, est passé maitre dans l’art de la disparition, il voyage beaucoup mais ne prend jamais l’avion afin de ne pas avoir de billet à son nom. Il refuse la documentation de ses œuvres et demande au public de s’abstenir de photographier, filmer, ou de les diffuser via les réseaux sociaux. Œuvres qu’on pourrait définir, non pas comme des performances, mais comme des situations. L’artiste parle « d’œuvres immatérielles », « d’expériences », ou encore d’ « invitations au temps présent ». Pour cette carte blanche, après être entré dans ce palais de Tokyo vidé de toutes ses cloisons, et après avoir traversé un immense rideau de perles de l’artiste Felix Gonzalez-Torres suspendu à l’entrée du Palais de Tokyo, le spectateur est accueilli par l’un des 300 figurants, recrutés par l’artiste, par cette question: « Qu’est-ce que l’énigme? », au spectateur alors de partager une analyse personnelle, une citation ou un souvenir (toute réponse est autorisée). Le figurant par un geste invite ensuite le spectateur à continuer le parcours qui vous guide jusqu’à un enfant qui se présente et vous demande « Qu’est-ce que le progrès pour vous? » tout en vous accompagnant vers une adolescente qui discutera avec vous de votre réponse en marchant à vos côtés et vous amenant dans une autre salle où, dans notre cas, une femme enceinte, nous donnera sa vision des Smartphones, elle se demande si oui ou non elle devrait en acquérir un, elle n’en veut pas mais se sent parfois à contre courant et a peur que ça l’isole. Avant de nous laisser avec un vieil homme avec lequel on parlera des peluches de l’enfance tout en descendant vers l’étage du bas. Il nous laisse en nous disant que dans cet espace on est libre de tout faire, écouter chanter, regarder courir ou courir sois même, découvrir d’autres espaces ou profiter du bar mis en place à cette occasion. Cette expérience s’appelle This Progress, où l’on côtoie et philosophe en suivant avec un enfant, un adolescent, un adulte et une personne plus âgée.

Cette expérience, spéciale où l’on est sollicité et amené à se livrer ou du moins donner un point de vue change en tout cas notre rapport à l’œuvre. D’observateur, le spectateur devient acteur. Habitué à aller au musée afin de découvrir le point de vue ou en tout cas la perception d’un artiste, ici c’est lui qui est amené à la donner et donc lui qui fait œuvre. Une expérience que l’artiste souhaite faire perdurer dans la mémoire de chaque spectateur, qui se questionnera plus tard encore sur ce qui s’y est déroulé et le fera réfléchir sur les sujets évoqués. C’est un moment, en tout cas, où l’on se parle.

Daniel Buren « Sandwich Men » 1968 Paris

La place du spectateur se développe et mue depuis un moment déjà, dés les années 50 avec l’apparition de l’art cinétique, de la production en série et l’art vidéo, mouvements remettant en cause le culte et la propriété de l’œuvre. L’artiste crée des situations et cherche à démocratiser et à sortir l’art du musée – avec comme volonté d’investir le reste de la société. 

La notion d’interactivité dans l’art devient incontournable au cours des années 90 – 2000 avec le développement des technologies numériques et l’introduction de nouvelles pratiques telles que la performance, l’installation, l’art numérique – dans le même temps les structures culturelles se sensibilisent fortement à la question de médiation ; la place du spectateur est alors complètement à redéfinir. 

Pour Joseph Beuys, l’art a une fonction thérapeutique destinée à la société entière. Ce qu’il appelle “Sculpture Sociale” dés 1961 est cet art pour tous. Il est destiné à tous et à la société. C’est un art politique, parce qu’il participe aux débats et à l’élaboration de la société. La nécessité de l’art doit être élargie à tous les domaines. 

Ben Kinmont et sa performance réactivable«Nous sommes la sculpture sociale! Ceci est la troisième sculpture! Vous êtes la sculpture pensante!» afin d’expliquer le concept de sculpture sociale crée par Joseph Beuys

© Ben Kinmont – « I am for you » – NYC 1990 

Dans Esthétique relationnelle paru en 1998, Nicolas Bourriaud note l’élargissement du cadre de l’œuvre au moyen de production « processuelles ou comportementales » en  constante augmentation depuis les années 90. Dans son corpus il cite notamment :

Les soupes chinoises proposées à la consommation par Rirkrit Tiravanija à la Biennale de Venise en 1993 ::

 Ainsi, la frontière entre les formes d’art éclate pour révéler des dispositifs conviviaux qui autorisent le spectateur à prendre part, voire à s’approprier une œuvre.

Felix Gonzalez-Torres, “Untitled” (Revenge), Take me I’m Yours – 2015

Take me (I’m yours)

24 Mars 1995 – 30 Avril 1995 / Serpentine Gallery

(bis) 16 Sept 2015 – 8 Nov 2015 / Monnaie de Paris 

Organisée par Hans-Ulrich Obrist et Christian Boltanski à la Serpentine Gallery, cette manifestation proposait aux visiteurs de toucher les œuvres, de les utiliser ou de les emporter chez eux ::

Le spectateur devenait acteur, utilisateur, consommateur ou bien créateur. 

Il pouvait se reposer sur des couchettes mises en place par Franz West ou faire de la balançoire de Fabrice Hyber, écrire à l’aide des pochoirs de Lawrence Weiner «Nau Em I Art Bilong Yumi» («L’art d’aujourd’hui nous appartient») ou repartir avec des badges créer par  Gilbert et Georges.

20 ans après, une réédition de cette exposition a eu lieu à la Monnaie de Paris avec des artistes de la première édition et de nouveaux collaborateurs. 

Fabrice Hyber y a introduit le principe d’échange monétaire, en collaboration avec les ateliers de la Monnaie de Paris, avec lesquels il a crée un « écu » bicolore qui était la véritable « monnaie de l’exposition ». On pouvait se servir parmis un tas de vêtements amassé par Christian Boltanski – acquérir une capsule d’air, seule chose que nous partageons, proposé par Yoko Ono – décrocher une carte postale de la tour eiffel avec lesquels Hans-Peter Feldmann avait tapissé tout un mur – troquer un bien avec l’artiste Roman Ondak – – – 

Le principe de l’exposition étant l’échange, le partage qui s’illustre par la dispersion … Et qui soulève en tout cas la notion de valeur .

 À partir des années 1990, la technologie connaît donc sa révolution. Que ce soit le son, la photographie ou la vidéo, la technique d’enregistrement passe de l’analogique au numérique.

La capacité technique du format numérique, caractérisé par une image formée par des pixels  est en évolution exponentielle depuis les années 1990. Dès le début des années 2000, elle entre en compétition avec le cinéma et s’introduit dans les salles de spectacle.

La manipulation de l’image vidéo offre des possibilités de recherches picturales nouvelles que les jeunes artistes vont très tôt développer. Étudiant en art entre la fin des années 1960 et le début des années 1970, Bill Viola appartient à la seconde génération des artistes faisant usage de la vidéo, artistes qui vont affirmer leur pratique tandis que cette technologie a commencé à s’implanter.

Avec The Reflecting Pool – 1977, il explore les capacités de trucage de la bande magnétique, et gagne son appellation de sculpteur de temps. 

Le dispositif multimédia, lui, peut intègrer la vidéo, la projection, le son, des écrans et peut s’associer à toutes autres medium. L’installation privilégie, dans tout les cas, la relation entre les différents éléments scenographié, entre la production et le lieux de monstration et surtout entre l’artiste et le public. 

CHRONIQUES ACTE 3 – Révélations, un événement ZINC et Seconde Nature, se tiendra du dimanche 29 janvier au dimanche 12 février 2017.

Retrouvez toutes les informations sur le site >>

http://chronique-s.org/

Lors de l’inauguration le DIM 29 JANV – se tiendra  

CITY LIGHTS ORCHESTRA – Une SYMPHONIE VISUELLE POUR LES FENÊTRES DE LA VILLE par l’artiste ANTOINE SCHMITT

City Lights Orchestra est une symphonie visuelle ouverte pour les fenêtres de la ville. La nuit venue, tel des stroboscopes, chaque ordinateur connecté à internet illumine la fenêtre du bureau ou de la maison. L’ordinateur cligne, pulse, bat, s’allume et s’éteint selon sa propre partition, mais en rythme avec tous ceux connectés avec lui. Les smartphones dans la rue font de même, chacun peut participer à tout moment, la symphonie étant composée pour accepter un nombre illimité de participants. La ville entière devient l’orchestre, à la fois interprète et spectatrice de la symphonie qui se joue, le temps d’un soir. C’est l’expérience de toute une ville.

ZINC est également co-producteur d’un projet de

Diego Ortiz et Antoine Gonot ::

VANISHING WALKS 

(en cours de création)

Vanishing Walks est une performance théâtrale sans acteurs. La pièce est « jouée » intégralement par les spectateurs qui incarnent les personnages sur scène, avec l’aide de tablettes. Ces dernières servent à première vue de prompteur : elles affichent les consignes et indications de jeu (didascalies) ainsi que le texte destiné à être lu à haute voix. Elles coordonnent la conduite de la performance.
En outre, elles sont connectées en réseau sans fil à un serveur, qui symbolise “la machine” par la diffusion sonore et la projection vidéo en fond de scène. Les spectateurs se connectent donc à un dispositif qui est aussi un élément de mise en scène à part entière et détermine les règles et contraintes du spectacle.

 

Depuis plusieurs années le spectateur est donc appeler à contribution – ce qui témoigne d’une volonté de l’histoire de l’art aujourd’hui à s’orienter vers une diffusion élargie et directe – à l’image de la tendance à l’immédiateté de notre époque. Les artistes cherchent également (et surtout) à créer des temps précieux durant lesquels le spectateur se doit d’agir, de s’exprimer ou de participer à l’activation de l’œuvre.